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Les « enfants-sorciers » : une tragédie pour la jeunesse africaine

Dernière mise à jour : mars 15


En Angola, au Cameroun, au Congo ou encore au Nigeria, des enfants sont accusés par des prêtres évangélistes d’être habités par le démon. Selon le bureau régional d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale de l’UNICEF, plus de 20 000 enfants ont été accusés de sorcellerie à Kinshasa. Les enfants sont tenus pour responsables d’une maladie, d’un décès, d’un divorce, ou tout simplement de n’importe quel désagrément familial. Ils deviennent alors les boucs émissaires de leurs proches et se retrouvent, dans la plupart des cas, expulsés de leur famille.


Cette situation tragique plonge les enfants, abandonnés dès l’âge de 2 ans, dans une détresse importante : contraints de vivre dans la violence et la précarité, ils n’ont pour éducation que la rudesse de la rue. Les garçons s’organisent en clan et tentent de récolter trois sous dans les marchés et d’échapper à la police. Quant aux jeunes filles, elles sont contraintes de se prostituer, sous le regard de leurs Tantines.


Les prêtres tirent avantage de cette situation. Ils offrent aux familles un moyen de « récupérer » leurs enfants des mains du démon. Mais ces services d’exorcisme sont très coûteux et très dangereux pour les enfants. Ils sont isolés, privés de nourriture et subissent des coups de fouet. Le jeune Bruno raconte que « pendant trois jours, on n’a pas eu le droit de manger ni de boire. Le quatrième jour, le prophète a placé nos mains au-dessus d’un cierge pour nous faire avouer [que nous étions habités par le démon] ». Cette pratique a commencé à voir le jour depuis la dégradation économique du pays. Avant, lorsqu’une famille n’avait pas les moyens de prendre en charge un enfant, c’était un oncle ou une cousine qui s’en occupait. Aujourd’hui, beaucoup plus de familles se tournent vers ces prêtes et cherchent une réponse à leur malheur… Mais ce malheur retombe sur les enfants Africains.


Dans le quartier de la Victoire à Kinshasa, le gang « Sélection Motivation » raconte le quotidien dans la rue : ils sont neuf enfants, entre 8 et 13 ans, et ramassent des bouts de charbon pour les revendre en espérant pouvoir s’acheter de quoi manger et un peu de drogue. Dans la rue, c’est aussi la rivalité et la violence qui font place. Ils se battent avec les autres gangs à coups de lame de rasoir et dorment, à tour de rôle, pour ne pas se faire expulser par la police. Malgré la lutte acharnée de certains habitants comme John, un éducateur congolais qui recueille des « enfants-sorciers » et les aide à sortir de leur précarité en leur permettant d’avoir accès à l’éducation et de dormir sous un toit, ces pratiques persistent. Certains enfants s’échappent des camps prévus pour les accueillir et retombent dans la misère.


Ces pays ont ratifié la Convention relative aux Droits des enfants, mais face à un tel phénomène, les pouvoirs publics restent faibles. Depuis 2009, la loi condamne les accusations de sorcellerie portées à l’encontre des mineurs. Mais cette loi peine à se faire respecter. Rémy Mafu, qui travaille auprès des plus fragiles, reste malgré tout optimiste. Il a été témoin de miracles comme Gladys, ex-sorcière qui est aujourd’hui banquière. « Bien sûr, explique-t-il, on a besoin d’aide. Pas forcément d’argent mais de jeux, de vieux manuels scolaires, de masques, de vitamine C. En attendant, on continue de tout miser sur l’article 15 de la Constitution ». Le chemin reste encore long pour la jeunesse congolaise et l’aide encore trop peu présente, mais la détermination d'acteurs engagés comme Rémy Mafu ne s'affaiblira pas.



Article rédigé par Anne-Lou Gaudin

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